Béatrice Reynier

Parcours

Béatrice Reynier est co-créateur, rédacteur en chef et directeur pédagogique de Qi Gong TV. Auteur réalisateur de films documentaires et pédagogiques- Danseuse chorégraphe- Formatrice "Pédagogie du Qi Gong : L'éthique de l'enseignant" et "Gérer le stress et les émotions "

Pendant ses dix premières années d’activité professionnelle, elle est danseuse - chorégraphe (Compagnie Bernard Lubat, Collectif 2E 2M, Urban Sax, Pierre Vassiliu, Limbes Danse…). Elle fonde sa compagnie de danse contemporaine réalisant une douzaine de spectacles subventionnés par le Ministère de la Culture et de la Communication. Elle passe du corps en mouvement à l’image en mouvement, en tant qu’auteur réalisateur de films documentaires pour la télévision, de courts métrages et d’Art Vidéo Danse. Après avoir passé une grande partie de sa vie à tenter de façonner son corps en œuvre d’art, Béatrice choisit d’explorer ses jardins intérieurs pour espérer un jour en faire une oasis de paix. C’est ainsi qu’elle se tourne vers le Qi Gong en particulier et suit les enseignements du Maître Jian Liujun et Maître Liu Dong ainsi que d’autres approches occidentales d’épanouissement personnel.

Elle devient Sophrologue diplômée et praticien certifié en respiration consciente/rebirthing). Elle est diplômée d’État de Qi Gong et propose des cours et des stages dans toute la France. Béatrice a écrit et réalisé une quinzaine de DVD pédagogiques de disciplines de bien-être pour l’éditeur Screen-Services dont cinq en Qi Gong et trois en Taï Chi Chuan.

Elle partage sa vie professionnelle entre différents arts : la danse, l'écriture, le film et les arts énergétiques chinois. C'est pourquoi elle aime se définir comme une globale artiste.

En savoir plus

La rencontrer

Stages  lpour tous les publics, formations professionnelles,  et accompagnement artistes, sportifs de haut niveau sur demande

Email : reynier.beatrice@wanadoo.fr

Site : www.etreenharmonie.com

Amoureux de l’univers
par Béatrice Reynier

Ne pas laisser ses démons nous dominer et dominer le monde : une véritable démarche, ou l’art d’aimer la vie

Peut-on envisager d’être un adulte responsable de soi et vis à vis de la société en acceptant que nos fléaux intérieurs nourrissent négativement nos comportements et nos programmes mentaux jusqu’à se détruire et détruire autour de soi ? L’ incohérence qui contredit tous les discours humanistes simplement parce qu’on permettrait à nos poisons de se rendre malade d’inhumanité est bien le nœud à défaire. Tant qu’il n’y pas de démarche pour cela, le discours est inutile et les efforts sont vains.

Tous les êtres humains sont membres d’un seul corps
Si le sort s’acharne
Contre l’un d’eux, alors
Celui qui reste indifférent

à la souffrance d’autrui
Ne mérite pas encore d’être appelé « humain »

Sa’adi
Poète persan XIIe siècle.
 

Guidé par le coeur/esprit

La démarche spirituelle consiste à dompter le prédateur qui sommeille en soi afin de ne pas se mettre en péril ni mettre en danger de mort l’espèce humaine.

La grille de lecture du monde que nous offre le Taoïsme  est celle à laquelle je me réfère avec, en particulier, le Qi Gong et Xin Li.

Ces deux approches appartiennent à l’arsenal thérapeutique de la Médecine Traditionnelle Chinoise reposant sur des systèmes ou mouvements énergétiques.

Le Qi, l’énergie est la substance de base qui est à l’origine de la formation des autres substances.

L'énergie, le Qi, qui anime l’homme est constituée d’une partie héritée, dite l’énergie innée.

Une autre partie, l'énergie acquise, provient à la fois : de la transformation des aliments - de l'air respiré et des stimuli du monde extérieur perçus par nos cinq sens. Nous convertissons tous ces apports en fonctions de nos besoins physiologiques, et des choix que nous faisons. La somme de l'énergie innée et de l'énergie acquise forme l'énergie vitale.

Quand l’énergie vitale est abondante, le fonctionnement de l’organisme est normal : il peut se défendre contre les maladies. À l’inverse, il sera fragilisé et donc menacé. 

Le Qi Gong propose de s’incarner totalement en pratiquant des exercices de gymnastique énergétique afin de s’ancrer en soi pour développer tous ses potentiels corps/esprit/énergie et stimuler sa force de vie. C’est l’expérience vivante de principes fondamentaux de la philosophie antique chinoise. Le Qi Gong favorise la distribution et la diffusion de l’énergie dans tout l’organisme. C’est pourquoi cette méthode est une discipline complète de bien-être.

"Le cœur est pour notre vie un vase abyssal, un vase aux murs de chairs parcourues par un sang toujours renouvelé, qui s’emplit et se vide. C’est son usage. Toute la psychologie chinoise se tient dans le cœur. Ce qui nous apparaît en muscle est réellement entité spirituelle". Claude Larre 

La psychologie chinoise invite à considérer la vie émotionnelle comme un tremplin de l’expansion de la conscience et de la spiritualité. Considérant que tout est énergie : la pensée, l’intention, la parole, le regard, un sourire… la psychologie chinoise identifie le physiologique (vital) du pathologique (inutile) afin d’œuvrer en soi et revenir à sa vraie personnalité pour être au diapason avec soi et avec l’univers.

Les concepts aux valeurs universelles de ces démarches se sont enrichies et affinées dans la Chine ancienne jusqu’à aujourd’hui et l’Occident, en quête de sens, s’en est emparé. Ils présentent un cadre et des outils concrets pour agir et cheminer vers la connaissance de soi.

Cette connaissance de soi est le socle sur lequel peut s’édifier l’harmonie à façonner continuellement avec son cœur et œuvrer pour la Paix intime et sociale.

Éclat d’une flamme dans la nuit

La Sagesse étant l’antidote de la partie obscure de l’homme, il est dans son intérêt à orienter sa vie, à faire des choix appropriés, et à assouplir ses comportements afin de ne pas verser dans l’univers ses énergies destructrices et immondes. 

La part inhumaine de l’humain est celle que l’on préfère ne pas nommer, nier, oublier. Il semblerait parfois plus aisé de vivre en fermant les yeux à la réalité, à sa réalité que de devoir accepter de regarder ce qui nourrit ses programmes mentaux négatifs.

Et il est encore plus facile de voir ce que l’on estime et juge de pervers ou d’odieux chez l’autre que pour soi.

Je ne peux m’empêcher d’évoquer ce qui m’interrogera probablement toujours concernant la cruauté, le sadisme et la méchanceté de l’Homo Sapiens, l’homme sage : la Shoah, le Rwanda, tous les génocides, les épurations ethniques, les massacres, les chasses à l’homme …les fillettes décapitées parce qu’elles vont à l‘école… les homosexuels condamnés à mort…les femmes lapidées pour adultère présumé…

Au regard des ces interminables actions des êtres humains inhumains dont je fais parti,  je demeure quelque peu effrayée en ressentant que tout peut basculer dans le morbide.

Qui sommes-nous ? 

Des femmes et des hommes civilisés.  Ce qui fait que nous ne nous sentons pas concernés par cet inventaire comportemental ou catalogue non exhaustif de l’horreur. Cela est d’ailleurs rassurant. Alors, pourquoi en parler ?

Parce que les lois du Yin et du Yang appellent à la vigilance et à l’humilité. 

Yin et Yang

Dans l’univers un mouvement dialectique fusionne des opposés, des complémentarités. Comme deux amants, le Yin et le Yang s’attirent et se repoussent en même temps, l’un ne pouvant exister sans l’autre. Le Yin et le Yang naissent de l’existence de l’autre. Dans un va et vient continu, chacun grandit tandis que l’autre décroit. L’un joue à devenir le maître de l’autre. L’excès qui l’emporte sur l’un, le transforme en l’autre.

Si la nuit contient le jour, le jour contient la nuit. Deux êtres aux personnalités identiques se repoussent et s’attirent en même temps. Rire à en pleurer épuise l’Homo Sapiens. 

Qui sommes-nous ?

Comment se positionner avec cohérence pour demeurer dans la compassion ?  C’est une question de choix, de responsabilité, de conscience et d’amour de la vie.

Mais cela ne suffit pas. Car la vie est mouvement et, à chaque instant, l’être humain est sans cesse confronté à devoir s’ajuster à une nouvelle réalité, à de nouveaux évènements et à un cortège d’émotions composites qui le traversent.  Ses choix guidés par sa volonté d’être en harmonie avec lui-même et avec les autres  le conduisent à prendre des décisions. Ces décisions se manifestent par des actes.

La réflexion excessive pour se blinder avec des édifices mentaux et se protéger de toutes les  théories du monde est une façon d’accepter de se laisser piéger par une sorte d’ivresse égotique. Les pensées se noient dans le mental. Elles empêchent la raison - l’ amoureuse de la vie - de déclencher une action positive. Non seulement cela n’a aucun intérêt dans une démarche spirituelle, mais en plus, cela nuit au Souffle et à l’énergie vitale

La Sagesse est action. La Sagesse consiste à faire de l’observation un instrument de mesure qui informe sur les mouvements du cœur. En évaluant la force de son tremblement, la voix de la conscience stimule le désir et l’intention qui interviennent pour éviter le glissement insidieux ou violent vers le pire, l’effondrement, la fracture et l’insoutenable honte de l’inhumanité.  La conscience, comme outil de la pensée spirituelle, sauve l’Homo Sapiens égaré. Elle lui évite un séisme psychique pouvant emporter sa santé mentale et physique. Pourront venir ensuite les discours…

La spiritualité consiste à vouloir s’améliorer  en cherchant la cohérence entre ce que l’on dit et ce que l’on fait.  Cette cohérence  conduit à l’harmonie avec soi-même et avec son environnement. C’est une démarche essentielle car elle donne du sens à la vie, et contribue à sa gloire et à sa dignité. Ainsi, en activant une auto surveillance active, le versant prédateur de l’homme ne devrait pas s’évader pour dominer et répandre ses potentiels destructeurs. 

À quoi ressemblent nos démons ?

À la peur, à l’agacement, au mépris, à l’impatience, à l’intolérance, à la jalousie, à l’orgueil, à la vanité, à la frustration, à la domination, à la rancœur, à la vengeance, à l’agressivité, à la violence, à l’aveuglement, à l’entêtement, à l’avidité, à l’illusion, à la cupidité, à la vénalité, à la fourberie, à la haine…   ….   … 

Vivre avec soi

Progresser vers la cohésion avec soi-même implique une spiritualité libre et engagée. Libre de toute attachement à des dogmes et, engagée, car investie totalement par le coeur/esprit/concience.

Dans un endroit calme propice à l’ouverture au monde, les méditations permettent de se retrouver afin de discerner le physiologique du pathologique : retrait ou fuite ? Fierté ou orgueil ? Juste colère ou colère récurrente ?...

L’imperfection inhérente à la nature de l’Homme (Yin et Yang sont impurs) l’invite à s’améliorer et à se renouveler sans la contrainte du perfectionnisme. C’est un soulagement et c’est une source d’optimisme...
Afin de retrouver son potentiel inné pour en profiter pleinement, les arts internes chinois, la psychologie chinoise (et bien d’autres disciplines traditionnelles venant de l’Orient) proposent une dynamique de l ’évolution et de la construction  de l’Homo Sapiens en travaillant à reconnaître et à épanouir chacune de ses caractéristiques.

Être, tout simplement

La vie nous fait danser sur un fil. Elle nous traverse et nous porte en permanence dans une vibration, une oscillation…Sur la corde tendue, nous frémissons pour éviter de tomber. La pensée spirituelle invite à demeurer calme, stable et centré en soi afin d’avancer sereinement. Pour prévenir des risques de chute ou de mouvements incontrôlés et négatifs, l’être humain nourrit ses systèmes énergétiques de plaisirs en savourant la beauté de l’univers grâce à ses cinq sens et à sa vision panoramique du monde. L’énergie vital de l’Homme a autant besoin des énergies terrestres que des énergies célestes pour subsister à ses besoins.

Parfois, désamorcer l’éclosion d’émotions pathologiques en déplaçant son attention en conscience vers d’autres centres d’intérêt lui sera salutaire.

Pour progresser, honnêteté, courage et humilité sont indispensables afin de réparer le ciel postérieur.  Cela signifie de nettoyer tout ce qui s’est cristallisé de négatifs depuis que notre mère nous a offert à la Terre, à la communauté des hommes, à une tribu et à une famille. 

Sentier aride et voluptueux

Emprunter le chemin de la connaissance de soi pour être soi, avec de l’amour pour soi, quel programme ! C’est avancer volontairement pour faire fusionner le corps et l’esprit dans un équilibre entre sensualité et ressenti en ayant conscience que rien n’est stable, y compris la personnalité, (l’apparente et la vraie).

Chaque être est unique et doit trouver sa juste place à la fois dans sa famille, dans la société et dans l’univers. Pour accéder à cette place, notre personnalité grandit grâce à des facultés mentales saines. Profitant de cette dynamique, elles s’améliorent d’elles-mêmes. C’est en élargissant son champ de conscience que l’Homo Sapiens contemporain se libère progressivement de ses automatismes (pensées et actes).

La réalisme, et donc l’acceptation des composantes de la personnalité originale permet de se connaître entièrement, (identification des besoins et reconnaissance des capacités) et de s’homogénéiser. Cela revient à dire que toute démarche spirituelle consiste dans un premier temps à devenir l’auteur et l’acteur de sa vie vivant pleinement ses émotions physiologiques. Arnaud Desjardins dans Bienvenue sur la Voie, insiste sur la question du réagir et de l’agir. Tant de nos décisions sont prises en fonction d’une réponse émotionnelle (peur, colère …) ou suite à un empoisonnement (jalousie, orgueil, haine… ) plutôt qu’ en résonnance à notre nature profonde.

En s’interrogeant sur la façon dont nous fonctionnons au regard des mécanismes de l’espèce humaine,  nous observons calmement à la loupe nos secrets et nos mystères. Nous pouvons alors tout ressentir consciemment et nous adapter avec justesse à nos véritables besoins. En osant être avec conscience, nous nous engageons pour nous élever vers notre bien-être fondamental. Tandis que nous sommes animés d’espoir et de force de vie, les démons assoupis gazouillent… 

Essence de la personnalité

La personnalité est l’ensemble des caractéristiques innées et acquises. Notre identité génétique est unique (Yuan Qi) et se construit autour d’un noyau où toutes les forces vitales du psychisme sont réunies. Le noyau est le plus pur car les peurs, l’angoisse, l’orgueil, la culpabilité et les mécanismes de défenses ne l’ont pas encore blindés. À force de réaction, plutôt que d’action, l’être humain s’éloigne ainsi de l’essence de sa personnalité et crée sans s’en apercevoir une personnalité apparente exprimant des déséquilibres et étouffant ce qu’il est véritablement. 

En sortant de cette prison, grâce à la libération des nos composantes infantiles, nous devenons pleinement des adultes responsables. La conscience subtile nous guide  alors avec justesse dans nos choix par rapport à nous même, par rapport aux autres, au monde, et à l’infini.

En se reconnaissant soi-même, il n’est plus utile de chercher la reconnaissance des autres. 

Tandis que les démons tambourinent au loin… nous pouvons avancer sans crainte, maîtrisant leur énergie nauséabonde.

Dans un mouvement permanent entre les reins et le cœur, sur l’axe Shaoyin, la conscience affine la perception de l’essence, comme si cette essence  libérait  son parfum original après une longue hibernation.

L’axe Shaoyin relie le cœur et les reins. Cette colonne vertébrale énergétique avec son double mouvement continue (ascendant et descendant) est à la base de l’équilibre psychique et physiologique. Son équilibre exprime l’équilibre entre l’ancrage et l’élévation, entre terre et ciel, entre l’infiniment petit et l’infiniment grand qui se jouent dans l’Homo Sapiens. 

Plus le coeur/esprit est en cohérence avec lui-même et avec le Tao, plus l’enfant qui est en soi s’exprime en osmose avec l’adulte responsable pleinement incarné : l’esprit, le Shen irradie tout autour de soi et se lit dans les yeux. Il n’y a  aucune équivoque : Le cœur logé au milieu du corps de l’Homo Sapiens brille comme un soleil éclatant dans un ciel transparent…Il réchauffe le cœur de ses frères et de ses sœurs qu’il touche sur son chemin.  Ces rencontres densifient la lumière qui émane de lui. Il devra veiller aux vampires qui errent dans l’obscurité, affamés de luminosité...violeurs  d’anges et de passeurs d’amour. 

L’essence de la personnalité se manifeste de plus en plus libre de toute dépendance à soi et aux autres et développe naturellement la capacité à être une personne modérée et sage. Cette dynamique interactive est soumise à la force centrifuge de l’amour de la vie, du vivant, de l’univers. C‘est pourquoi cette attitude volontaire couplée de lâcher prise, (oser s’aimer, oser aimer) fait progresser vers la connaissance de soi pour devenir un adulte réalisé.

Pendant ce temps, les démons nonchalants ronflent …. 

De l’ancrage à l’élévation

En escalade, le point d’ancrage utilisé seul est un point de progression. Pour le navigateur, l’ancre jetée dans les fonds marins empêche que son bateau puisse partir à la dérive. 

En Qi Gong, l’ancrage est le ressenti d’une profonde solidité debout, entre terre et ciel quelques soient les mouvements intérieurs (pensées, émotions, énergies) et la gestuelle du corps. Pour se dresser et exprimer sa fierté d’être humain, il est nécessaire d’être posé. L’ancrage relie à soi-même, à la respiration, à la concentration et aux sensations propres aux mouvements. L’ancrage en Qi Gong optimise la circulation de l’énergie dans tous le corps. Le faite que les plantes des pieds soient massées grâce aux transferts réguliers du poids du corps active le point la source jaillissante R1 du méridien du rein et renforce l’énergie vitale Jing. 

L’ancrage est l’antidote du Vent interne, phénomène énergétique pathologique qui désorganise le corps, l’esprit et le comportement. Il régule et rééquilibre les mouvements intérieurs et extérieurs. 

L’ancrage se nourrit du Qi corporel. Il préserve l’axe Shaoyin de tous ses troubles potentiels : « perturbations des fonctions psychiques du cœur et des reins et de la relation corps/esprit ; vulnérabilité des émotions de la peur et de la joie ; diminution du niveau de conscience et de la maîtrise de soi ; affaiblissement de la colonne vertébrale ; apparition de syndrome en particulier de fourberie qui nait sur le mensonge à soi et aux autres ; ralentissement de la circulation du Qi mental et donc prédisposition aux stases et aux Tan (stagnations) ; absence de charisme et difficulté d’intégration au Tao. » Michel Deydier Bastide 

Être bien ancré, c’est être stable, réaliste, patient, constant, volontaire, déterminé, courageux, enthousiaste, responsable, humble et calme quelques - soient les situations. Travailler son ancrage, c’est donc aussi s’élever en œuvrant dans le monde. 

Être enraciné c’est être avant tout relié à son noyau, au cœur de soi-même, à son originalité. C’est être aussi unit à soi harmonieusement et ne pas avoir de dépendance qui ficelle la personnalité. C’est donc progresser en étant soi. 

Tout comme pour le grimpeur, notre point d’ancrage ne peut être qu’un point de progression à tous les niveaux afin que s’épanouissent l’énergie du cœur/esprit. 

Tan

Le Qi mental se nourrit du Qi corporel. Un bonne hygiène de vie lui est nécessaire afin de circuler, d’être fluide et se permettre de vivre librement chaque instant de la vie.    

Quand un déséquilibre pathologique fait son nid dans les méandres du psychisme, le Qi mental ralentit au point de  parfois stagner et créer une densité énergétique aqueuse qui se durcit de plus en plus. Cela produit un « bouchon » (du yin pathogène) soit un blocage sur les voies de la circulation de l’énergie. La Médecine Traditionnelle chinoise nomme  ce blocage Tan ou glaires. Les démons se réveillent…: Des émotions négatives récurrentes, des idées fixes violentes, des intentions dévastatrices, des obsessions prédatrices s’installent insidieusement et s’organisent… 

Le Tan corporel englue les facteurs pathogènes et les fixe. Le drainage ne se fait plus à cause de la fatigue, de l’affaiblissement des fonctions d’élimination et de filtration. Les démons s’affairent pour prendre le pouvoir…

Le Tan psychique est un phénomène : une densification de la pensée, une émotion collante, une idée récurrente voire obsessionnelle, un comportement noué d’habitudes. Le Tan psychique est dû à la stagnation qui peut aller jusqu’à l’enlisement. L’esprit est amoindri. Il ramollit pour être aspiré dans un tourbillon  qui l’entraine dans le centre de ses entrailles pathogènes. Les démons retroussent leurs manches pour agir, l’immobiliser, le dominer…

Le psychisme entretient le Tan mental en faisant intervenir les programmes mentaux négatifs. 

En l’absence de fluidité, les échanges sont malsains car l’énergie stagnante produit des tensions et des rétentions déviant les rapports humains insidieusement vers leur inhumanité. La circulation de l’énergie alors prisonnière manifeste ses stases sur le plan du Qi mental et du Qi corporel et révèle la personnalité engluée dans ses kystes et dans ses émotions pathologiques. Les mécanismes de protection et de fuite s’expriment alors par l’orgueil, la domination, l’entêtement d’avoir le dernier mot jusqu’au mépris et à la violence.

Glissade enivrante sur le courant de la vie

La force qui fait mouvoir le Qi dans les méridiens et tout l’organisme est la respiration.  Grâce à la conscience, l’être humain agit sur les muscles du geste respiratoire et tout particulièrement le diaphragme pour influencer sa respiration généralement atrophiée.

La respiration est affectée par les émotions négatives et la fatigue. La respiration libre est indispensable pour ouvrir les espaces intérieurs et les remplir de l’univers. 

C’est pourquoi la recherche de la détente, du calme et de la fluidité est essentielle dans la quête de l’harmonie. En Qi Gong, elle induit des gestes lents, voire des postures immobiles.

L’état du Qi Gong se passe du mental en activité. Ce mental dont nous sommes prisonniers et qui nous coupe de notre corps.

Le Qi Gong propose de nous en libérer en ressentant la Vie et en élevant notre conscience. La fluidité de la respiration invite à la fluidité du geste qui produit la fluidité de la circulation de l’énergie dans le corps. Et corps et esprit ne faisant qu’un, alors, en étant fluide, la juste pensée s’exerce quelle que soit sa forme : intellectuelle, émotionnelle ou méditative.  Pendant ce temps, les démons dorment à poings fermés… 

La fluidité énergétique est fondatrice des comportements, des paroles et des actes cohérents, appropriés au bien-être personnel et à celui de la société. 

Être fluide, c’est se laisser aller à soi-même, à la rencontre de sa vraie personnalité. C’est lâcher prise.  C’est ne plus résister à soi-même et s’offrir aux autres. Ce mouvement continue de va et vient de l’intérieur à l’extérieur à l’intérieur…nourrit l’esprit, le Shen, relie au Tao, à l’infini, et crée de la joie, du bonheur, de l ‘amour. La fluidité apporte la puissance de l’ancrage et la légèreté de l’élévation.

Être léger, c’est comme glisser sur la vague de la vie sans contrainte. C’est se laisser aller à son courant en épousant sa forme, sa direction, son relief, en l’embrassant avec son cœur et en le respirant à plein poumons : c’est faire l’amour avec le vent traversé de l’énergie de l’univers.

Debout, entre terre et ciel, l’Homo Sapiens ressent l’existence comme un jaillissement.

Les arts énergétiques chinois, (et tout autre agissement d’une démarche spirituelle), contribuent à prendre conscience de soi, en inscrivant profondément l’espoir et l’optimisme de jouir de ses capacités à agir sur soi-même, sur ses maux et sur ses automatismes. Les démons n’ont pas de prise et s’ennuient…
Ce cheminement spirituel restaure et dynamise la confiance fondamentale en soi et dans l’être humain. En empruntant la voie de la sérénité pour être bien dans son corps, dans sa tête et dans son cœur, vivre en Paix en fredonnant une berceuse à ses démons somnolents augmente considérablement l’amour pour la vie.

Amoureux de la vie, les femmes et les hommes se fient naturellement à leur intuition qui leur livre les réponses appropriées, les avertit instantanément de l’état énergétique dans lequel ils baignent : Oasis de Paix ou tremblement de guerre…

L’intuition est le cadeau de la conscience…

La conscience est le don de l’Amour…

L’Amour est l’offrande de l’Univers … 

…Puisse l’Amour dominer la Haine…

 

©Béatrice Reynier Octobre 2011

Reproduction interdite sans l’autorisation de l’auteur 

 

Bibliographie

Les mouvements du Cœur, psychologie des Chinois de Claude Larre et Élisabeth Rochat de la Vallée Ed Desclée de Brouvier

Le cœur en médecine chinoise Collectif.Association Connaissance de l’acupuncture Ed You-Feng

Traité de psychologie chinoise De Michel Deydier-Bastide Ed Désiris

Si c’est un homme Primo Levi Ed Pocket littérature

Shoah, film documentaire de Claude Lanzmann en DVD Ed Why Not Productions

L'absence pour mémoire film documentaire de Béatrice et Patrick Reynier

Une Saison de machettes  Récits De Jean Hatzfeld, Ed Seuil, 

Créer du Bonheur
par Béatrice Reynier

« Le désir d’être heureux et de ne pas souffrir, remarque Sa Sainteté le Dalaï Lama, ne connaît pas de frontières. Il est inscrit dans notre nature et, à ce titre se passe de justification. Que nous aspirions au bonheur est un simple fait. »

Pourtant, Il ne suffit pas de souhaiter être heureux pour l’être ou le devenir. En revanche, il est impératif de choisir la voie du bonheur pour cheminer vers lui.

À la lumière de la psychologie chinoise dont le socle est le taoïsme se référant aux cinq systèmes énergétiques, L’auteure tente d’exprimer qu’il est de la responsabilité de chacun de contribuer à cet idéal personnel et collectif.

Désirer la lumière

Dans les pays économiquement développés, où l’aspiration au bonheur peut se satisfaire de conditions de vie particulièrement enviables, on observe que le poids des souffrances morales prennent les formes d’émotions pathologiques, de syndromes, de déséquilibres émotionnels, pour se manifester corporellement par des maladies.

Ce mal-être se définit comme le manque de soins apportés à notre dimension intérieure : « Qu’ils nous viennent du dehors, comme les guerres, la violence et le crime, ou qu’ils se manifestent au-dedans de nous sous forme de souffrance psychologique et affective, nos problèmes resteront sans solution aussi longtemps que nous continuerons d’ignorer notre dimension intérieure. C’est cette ignorance qui explique qu’aucun des grands idéaux mis en œuvre depuis plus de cent ans - n’ait réussi à apporter les avantages universels qu’ils étaient censés procurer. À n’en pas douter, une révolution s’impose : une révolution spirituelle. » Sa Sainteté le Dalaï Lama.

Cette révolution spirituelle est aussi une révolution éthique.

Éthique et spiritualité se rejoignent car la spiritualité est définie pour le Taoïsme originel par la transformation et la maîtrise de notre esprit pour s’harmoniser avec le Dao en élevant sa conscience supérieure. C’est vibrer à l’unisson avec le Tout. La révolution éthique est le mouvement volontaire du cœur vers les autres, d’un amour universel pour contribuer à l’harmonisation générale.

Qui dit révolution dit changement. Ici il ne s’agira que de révolution intérieure qui se manifeste par des modifications palpables et visibles dans tous les domaines de l’être et de la vie.

La transformation apprivoise les pensées et  les programmes mentaux négatifs tout en apprenant à s’aimer soi-même et à s’autoreconnaitre. Progressivement une attitude positive empreinte de bonté et de compassion, devient dominante et nourrit l’éthique. En ce sens, l’éthique est au fondement même de l’altruisme, de la générosité et de la compassion : « Il s’agit d’une réorientation radicale, loin de nos préoccupations égoïstes habituelles au profit de la communauté qui est la nôtre, d’une conduite qui prend en compte en même temps que les nôtres, les intérêts d’autrui. »  Sa Sainteté le Dalaï Lama.

La sérénité, la paix et la liberté intérieure sont alors activées. Le Shen, l’esprit, se lit dans les yeux de celui qui souhaite alors partager son harmonisation avec le Dao. C’est pourquoi cette personne sèmera et créera le bonheur.

Mais qu’est-ce que le bonheur ?

Le bonheur

La sagesse rend les gens heureux disent depuis toujours les philosophes. Il ne leur appartient pas d’avoir l’exclusivité de la préoccupation du bonheur et de le définir. Il serait même profitable à la société que chacun s’interroge sur ce que le bonheur représente pour lui afin de le guider vers la simplicité et de se défaire ainsi de tous ses principes, de tous ses points d’appuis souvent édifiés par des programmes mentaux négatifs.

On s’aperçoit d’ailleurs que cette notion a changé de définition au cours du temps : d’abord il fallait se connaître (Socrate), puis jouir de la vie (Èpicure),  ou encore faire le bien en fuyant les plaisirs (Sénèque), assouvir ses passions et ses désirs (Callicès), pour finalement avoir le droit d’exister …et actuellement  pour solutionner tous nos maux, il suffirait de pulvériser son égo …

Ethymologiquement, bonheur  signifie : à la bonne heure, le bon moment, prendre du bon temps, ce qui sous-entend que l’instant présent est salvateur.

Il est vrai que la pensée chinoise antique nous dit qu’être dans l’instant présent recharge l’être humain automatiquement des énergies du cosmos en élevant sa conscience supérieure.

L’instant présent serait synonyme du bonheur puisque naissance constante à soi et au monde sans à priori, détaché des raisonnements qui rend ce bonheur soit impossible, soit fugace ou illusoire.

Dès qu’on prononce le mot bonheur, le mot amour surgit instantanément comme s’ils étaient deux frères siamois. Mais l’amour conditionnel, l’amour qui s’échange contre un autre amour est-il signe de liberté d’être, d’humanisme et de bonheur ? Prétendre à l’amour inconditionnel sous-entend  disposer de la capacité ascétique de l’aidant, du soignant, du moine, de la mère pour son enfant sans rien attendre en contrepartie, ni même un regard bienveillant.

Le bonheur est relatif à chacun. De cette histoire personnelle, du ciel antérieur ( avant la naissance) au ciel postérieur (après la naissance), le bonheur serait un idéal qui s’ajuste aux méandres des trajectoires intimes faites d’embuches, de chocs, de traumatismes et de souffrances permettant d’exiger une certaine quantité et une qualité précise de bonheur. Comme si, donnant, donnant, le bonheur se devait comme une dette au mal-être, au mal-vivre. Et pendant ce temps là, entre frénésie et panique, la course au bonheur s’accélère au risque  d’accentuer une attitude égocentrée aveuglante.

Tout ce qui nourrit nos joies extérieures ne servent qu’à nier, à nous oublier, à fuir notre finitude et l’idée de la mort.

Comment s’intégrer à l’infini du temps et de l’espace dans ces conditions ?

La soif de bonheur devient tellement omniprésente qu’elle fait la une du marketing pour vendre des plaisirs matériels ; cela ne fait que contribuer à faire oublier l’essentiel : être soi-même.

Le bonheur, selon la pensée chinoise antique, c’est être, tout simplement, en étant relié au monde, en faisant fonctionner l’ensemble des cinq sens, en incarnant notre existence pour s’émerveiller.

En unissant l’énergie du cœur et des poumons, nous intensifions la délectation spontanée de découvrir, d’accueillir le nouveau. La joie qui en résulte est la racine du plaisir et l’antichambre du bonheur que l’on vit à fond en totale conscience.

À noter qu’à force de rechercher le bonheur, comme le fait remarquer André Comte-Sponville, on pourrait en oublier de vivre.

Être soi

Vaste programme car il s’agit de  nettoyer le ciel postérieur (depuis notre venue au monde) et le ciel antérieur (avant notre naissance): un travail et surtout la nécessité d’un engagement pour revenir à soi, au cœur de sa personnalité afin de vivre sans automatismes, sans programmes mentaux négatifs, sans comportements dictés par nos émotions pathologiques, nos hormones et nos poisons. C’est être libre et cela demande de travailler constamment sur soi pour s’éviter toute dépendance, toute action qui se serait que réaction à…, toute volonté de domination ou de fuite. Jamais rien n’étant acquis puisque tout est en mouvement. Être libre c’est exprimer sa vraie personnalité et donc la reconnaître en obéissant à soi. Ainsi nous ne recherchons plus la reconnaissance des autres. Être libre c’est être sans paraître, sans avoirs, c’est être unifié, c’est être intégré dans le Tao, avoir trouvé sa place et l’assumer pleinement avec fierté en aimant, en partageant, en vivant responsable de sa fonction dans l’univers. C’est vivre pleinement soi sans chercher à être.

C’est un projet de grande envergure qui donne du sens à sa vie produisant des résultats concrets de mieux être. C’est ce que propose depuis des milliers d’années le Bouddhisme, mais aussi le Qi Gong, et ses méditation taoïste et bouddhiste et les techniques de respirations d’Orient qu’elles soient statiques ou en mouvement: toute démarche consiste à un travail d’auto correction, de construction et de développement de la conscience.

Être, c’est être en paix avec soi et avec le monde, c’est être libre en soi et dans le monde guidé par son intuition.

Aider les autres

«  Tse-wa, compassion en tibétain, sous-entend que l’on se souhaite de bonnes choses à soi-même. Autrement dit, rien n’interdit de commencer par alimenter ce sentiment en se souhaitant  d’être libre de toute souffrance, pour ensuite la cultiver, la renforcer, et l’étendre au monde extérieur en y englobant les autres » Sa Sainteté le Dalaï Lama

  • Avant tout, s’aider soi-même et poursuivre sa quête

Pour aider les autres sans les aborder avec ses programmes mentaux négatifs, de ses manques et de ses désillusions, il est nécessaire de travailler sur soi. Élever sa conscience, harmoniser son corps, son esprit et sa conscience, harmoniser Po (l’âme corporelle), Hun (l’âme psychique) et Shen (l’âme de l’esprit) pour une conscience de soi et du monde, représentent l’engagement de l’être responsable et de toute une vie.

S’améliorer pour être en harmonie avec sa personnalité vraie est aussi un garde-fou rempli d’humilité pour que l’autre ne soit pas un objet. Aider l’autre  c’est être au clair avec soi sur ses réactions d’emprise ou d’auto-protection. C’est aussi se nettoyer de tous les poisons, l’orgueil, la haine, la culpabilité, la jalousie et s’être évadé de ses prisons et de toutes les émotions pathologiques qui adhèrent en soi sur le plan énergétique, (Tan psychique).

S’aider soi-même c’est avoir le sens de l’autocritique en demeurant réaliste. C’est avoir la volonté d’activer ses facultés mentales pour se programmer pour de nouveaux comportements, pour apprivoiser ce qui nous éloigne de notre noyau.  En s’aidant soi-même, on écoute la voix de sa conscience et on lui obéit avec confiance pour continuer à se bonifier en toute humilité.

  • Être en conscience car imparfait

Le symbole du yin yang exprime que la perfection n’existe pas, qu’elle est illusion. En revanche, le mouvement intérieur qui nous fait cheminer vers cet idéal est réel et donne un sens  à notre existence parce qu’il nous relie à l’infini du temps et à l’infini de l’espace, le Tao. Il est même essentiel pour apaiser nos maux car cette dynamique engendre du concret, de l’amélioration mesurable dans notre relation à nous-même et au monde. Et comme tout est mouvement, même si nous avons réussi sur un point, la vie nous confronte à de nouvelles situations des plus tragiques aux plus subjectivement désagréables. Ces nouvelles épreuves à traverser sont des occasions pour poursuivre volontairement notre croissance.

En acceptant notre imperfection, nous acceptons l’imperfection de l’autre. Cela développe particulièrement la souplesse de l’esprit et du cœur qui alors détendus ont les moyens d’aborder la réalité sans passer uniquement par le mental. Le corps, grâce aux messages qu’il reçoit active la conscience qui s’expanse naturellement.

  • Des êtres uniques

La spontanéité exprime la partie vraie de l’être humain, son noyau. Le noyau

est son point d’équilibre autour duquel se construit la personnalité. Dès la conception, le noyau  se développe, confronté aux nécessités vitales, aux noyaux des autres, aux aléas de la vie et de l’environnement. Jusqu’à 7 ans, le noyau serait quasiment pur selon les fondements de la psychologie chinoise Xin Li, la psychologie chinoise. Puis, les expériences commencent à créer et à installer des systèmes de protection ou de fuite détournant progressivement l’être de lui-même, de sa vraie personnalité. Dès que l’enfant n’est plus lui-même, sa personnalité se déguise pour survivre et gérer ses souffrances. Ainsi commence l’errance de la personnalité fausse étouffant la personnalité vraie.

La personnalité apparente constituée de programmes mentaux négatifs, de peurs, d’angoisse, d’orgueil, de culpabilité, et de mécanismes de défenses devra être observée afin d’être apprivoisée pour retrouver  l’expression naturelle de la personnalité originelle, unique. Pour devenir ou redevenir un adulte accompli, responsable et heureux, harmonisé avec son noyau et avec le monde, il devra cheminer pour retrouver la nature de l’enfant de 7 ans qu’il fut avant de l’avoir dissimulée. Quelque soit la voie que l’on emprunte et la méthode que l’on choisit pour faire croître la personnalité, soit devenir soi. Ceux et celles qui soutiennent les autres dans cette expérience volontaire, les aident à vivre une vie meilleure jusqu’à créer du bonheur.

  • Manifestations de souffrances, de déséquilibres, des mécanismes de défense

De notre naissance à notre mort, pour grandir harmonieusement vers la sérénité, notre Shen (esprit) et notre Jing, (énergie vitale), doivent demeurer équilibrés.

Les souffrances, les pathologies et les mécanismes de défenses viennent soit de l’inné soit de l’acquis  Yin, soit de la structure et, de la fonction Yang de notre équilibre énergétique. Seule la conscience peut nous aider à nous améliorer et à nous apaiser. En écoutant la voix de sa conscience, on apprend à avoir de la compassion, à s’accepter, à se pardonner, à se reconnaître, à être touché par soi-même et à s’aimer. La rencontre avec la souffrance, à la nôtre et à celle de l’autre, est un lieu qui nous confronte à l’éthique et à la spiritualité.

« À deux, vous formez une communauté de pratique de l’amour : vous prenez soin de l’autre, l’aider à s’épanouir, et faites du bonheur une réalité concrète. En apprenant l’art de rendre l’autre heureux, vous apprenez à exprimer votre amour à l’ensemble de l’humanité et à tous les êtres » Thich Nhat Hanh

  • J’aide les autres

Transmettre une technique et sa méthodologie, comme les arts énergétiques chinois, le Qi Gong, la méditation taoïste et bouddhiste le proposent, est en soi un accompagnement. Transmettre ces arts de l’autocorrection et de la renaissance à soi-même dans le Tout  devient éthiquement un devoir et une nécessité pour celui ou celle qui croit en son bien fondé à partir de sa propre expérimentation.

Fluidifier l’énergie mental est primordial pour s’améliorer. Le Qi mental sain dynamise le système nerveux, la mer des moelles. « Il permet d’optimiser nos facultés mentales (l’intelligence, la mémoire, le réalisme, l’imagination, la créativité, la pensée, la dissociation volontaire, la concentration, l’espoir, la prise décision, la volonté-force de vie, la programmation mentale), nos fonctions et nos opérations mentales intellectuelles et affectives     (déduction, logique, émotions,analyse sensorielle, prise de décision, remémoration…). L’interaction entre psychisme et organisme est constante c’est pourquoi le Qi mental  nourrit le corps jusqu’à rayonner dans le social ». Michel Deydier Bastide

Par la méditation, des respirations, des visualisations, des paraboles, des exercices physiques statiques  et dynamiques de Qi Gong, les arts énergétiques chinois  permettent ainsi d’accompagner l’être dont le cœur et le corps ont besoin d’être apaisés pour enfin être stimulés.

L’enthousiasme retrouvé qui se manifeste alors physiquement et spirituellement se concrétise dans de nouveaux choix et dans de nouveaux actes.

En libérant les instincts naturels, des programmes mentaux négatifs et des émotions pathologiques, on fluidifie l’Axe Shaoyin, l’axe vertical entre ciel et terre. Le goût de la vie s’amplifie et la conscience  s’élève. Lâcher-prise au niveau des instincts, c’est se libérer de Hun qui nous tient prisonnier et c’est se repositionner énergiquement entre Zhi (volonté d’agir moteur de Shen) et Shen (esprit, intelligence globale, chef d’orchestre).

La sagesse s’offre comme un guide aux pensées et aux actes ; sans action, il n’y pas de sagesse. Les grandes théories et les discours ne contribuent pas à eux seuls au bien-être personnel, de l’environnement et de la société. Seuls les actes ont de l’influences concrètes pour l’amélioration du monde et du vivant.

L’action de bienveillance de l’aidant est un guidage comme un conseil d’ami pour soutenir l’autre à fusionner avec le Tao et bien vivre au présent avec son passé pour créer un élan puissant et fondateur  vers son avenir.

Le Qi Gong permet de cultiver et fluidifier la circulation de l’énergie dans tout le corps.

Sa pratique régulière valorise les aspects positifs, assainit la mémoire sensorielle, assainit Po. Le Qi mental se fluidifie pour construire une vie meilleure en se reconstruisant soi-même. Ainsi, la conscience s’exerce à tous les niveaux de l’existence pour l’adoucir, et apporter du bonheur.

  • L’intention d’aider est déjà une aide

Tout est énergie. La pensée est énergie. Le regard est énergie. L’émotion est énergie. Notre dynamique mentale globale est initialisée par l’énergie innée de la mère unie à l’énergie innée du père dès notre conception. La vie s’élabore dans l’embryon sur le plan des liquides, du sang, des tissus, puis sur le plan nerveux donc énergétique, émotionnel, des instincts et des facultés mentales activant les connexions cellulaires qui se manifestent par des transformations de l’énergie fondamentale.

La pensée qui s’élabore ensuite utilise le Qi mental dont il est issu. Le Qi mental provient du corps. C’est pourquoi il est essentiel d’aimer, de soigner, de nettoyer, de prendre soin de son corps.

La fluidité du Qi mental est la condition première à sa bonne circulation et donc à des échanges sains et équilibrés. Sinon, le psychisme  retient, accumule, étouffe, cache, appauvrit l’énergie en produisant des stases qui finissent en adhérences si l’on n’intervient pas.

Celui qui à l’intention d’aider l’autre, même sans outil thérapeutique, même sans bagage scolaire a les moyens d’aider l’autre, et heureusement car aider l’autre n’est pas seulement l’affaire de spécialistes de la relation d’aide, psychologues, psychothérapeutes coaches du développement personnel, médecins…

Avec l’intention juste motivée par une empathie maîtrisée, la compassion et la capacité d’écoute, d’accueil en toute humilité, l’être humain est humain. Celui qui est animé de cette intention pure en y insérant sa conscience a le regard vif, éveillé, rieur, rempli d’amour : le regard de celui dont le Shen est élevé. L’énergie qui résulte de son intention apporte déjà du réconfort, de la chaleur humaine dont l’autre, en souffrance, nécessite avant toute parole, avant tout acte. D’ailleurs, l’autre ne s’y trompera pas et ressentira cette énergie de l’intention ce qui lui permettra de s’installer dans une relation de confiance.

Doté de cette intention, celui qui en plus  pourra proposer une méthode et des outils de mieux-être créera les conditions favorables à un  juste et efficace accompagnement.

  • Ressentir

Dès que l’intention d’aider l’autre est activée, c’est alors  la capacité d’écoute qui entre en scène. L’écoute apporte l’expérience de soi de la parole. À nouveau, on commence par l’écoute de soi pour écouter l’autre, pour s’ouvrir à la parole du cœur de l’autre, pour ressentir son énergie corporelle et mentale, pour s’appuyer sur ses programmes mentaux positifs et ses points de références constructifs. Ainsi, l’élan de notre humanité  peut se manifester en prenant soin de lui, en l’accompagnant sur son chemin pour vivre une vie meilleure.

Sentir, ressentir est à la base de la conscience ordinaire et de la conscience supérieure.

  • Cinq sens reliés à nos cinq émotions fondamentales

Nos  cinq sens  nous relient au monde en accordant notre corps à notre conscience générale et à nos émotions. En aidant l’autre nous le ressentons  grâce à eux. Aider l’autre à vivre une vie meilleure c’est aussi lui tendre les clés pour ouvrir ses sensations aux multiples plaisirs qu’elles procurent afin d’élaborer l’énergie harmonisante qui produit à son tour des émotions ou qui révèle celles qui sont restées enfouies.

Dans la perspective de s’améliorer, la création de sensations nouvelles vécues dans l’instant présent et donc en conscience participe à réguler les émotions. Son moteur est le désir d’avoir du plaisir. Il est dynamisé par la prise de décision, la volonté, la force de vie , l’espoir et la dissociation volontaire.

Nos cinq sens appartiennent aux cinq systèmes de la Médecine traditionnelle Chinoise, symbolisés par les cinq éléments.

Le taoïsme enseigne qu’au cours de l’alternance entre les forces Yin et Yang, naissent les cinq éléments. La loi des cinq éléments est à la base de la pensée chinoise.

Le temps et l’espace deviennent indissociables et le cycle annuel décomposé en cinq périodes ou saisons correspond aux cinq éléments liés aux cinq organes : le foie, le cœur, la rate, le poumon, le rein.

Les cinq organes renvoient aux cinq grandes émotions qui en excès ou en insuffisance déséquilibrent l’harmonie entre le Yin et le Yang et sont principalement à la source des maladies.

Ainsi, dans cette partition des symboles et des saisons :

Le printemps correspond au bois, à la naissance, à l’extériorisation, au foie et à la colère . Son mouvement est ascensionnel comme la montée de la sève Yang. La colère est en relation avec la vue. La vue stimule la colère physiologique.

L’été  correspond au feu, à la croissance, au cœur et à la joie. Son mouvement est multidirectionnel avec une tendance vers le haut comme les flammes, Yang. La joie physiologique est reliée au cinq sens qu’elle stimule.

La fin de l’été et les intersaisons sont symbolisées par la Terre, renvoyant à la transformation, à la rate/ pancréas et à la réflexion, au souci. Son mouvement est harmonisant en étant à la fois Yin et Yang, centripète et centrifuge. Le souci est en relation avec le toucher et le goût.

L’automne renvoie au métal, à la décroissance, à l’intériorisation, au poumon et à la tristesse. Son mouvement  a tendance à descendre comme les feuilles tombant de l’arbre, Yin. La tristesse est en relation avec l’odorat..

L’hiver correspond à l’eau, à la stagnation, à la concentration, aux reins et à la peur. Son mouvement est descendant comme la pluie et stagnant comme la nature au repos, à la mise en réserve. La peur est en relation avec l’ouie.

Éveiller ses sens dynamise les émotions primaires qui saines, se combinent entre elles pour offrir une palette étendue de nuances qui affine la conscience et son expression dans Po, Hun et Shen. Enrichir son nuancier émotionnel enrichit toutes nos facultés mentales et ouvre le cœur et la communication.

  • Du déséquilibre pathologique au déséquilibre physiologique

Il est essentiel d’avoir du recul sur soi pour garder du recul face à l’autre afin de l’aider à identifier lui-même ce qui génère en lui des souffrances pour ne pas transférer involontairement, soit sans conscience, nos propres vides ou excès. La modestie et l’humilité nous rappellent sans cesse que nous sommes imparfait ce qui éthiquement est primordial dans notre approche de l’autre et du monde.

Le mouvement et ses deux versants yin et yang dans la dynamique de vie et sur le plan mental nous fait osciller en permanence autour de la frontière de ses deux composantes indissociables. Cette petite oscillation imparfaite exprime la vibration de la vie. Elle est une sorte de déséquilibre physiologique maîtrisé et, en réalité, elle manifeste l’équilibre. Vouloir sa stabilité est morbide alors que l’accepter et la préserver saine, vivante, permet d’affronter les difficultés de la vie avec ses ressources, ses programmes mentaux positifs et un Qi mental fluide.

En revanche, si les programmes mentaux négatifs dominent la personnalité apparente et que le Qi mental est altéré, cet équilibre  se transforme en déséquilibre pathologique qui s’exprime souvent en se démultipliant sous des formes particulières de déséquilibres d’émotions simples ou de combinaisons d’émotions dits syndromes. La personnalité, l’axe Shaoyin  seront troublés et les pathologies dues au Tan, kystes mentaux, se manifesteront.

« Vivre ensemble est un art…l’art est l’essence de la vie. Nos paroles et nos actes doivent être emplis d’art. La substance de l’art est la pleine conscience. » Thich Nhat Hanh

Créer du bonheur

  • Yin Yang dans la relation à l’autre

Le mouvement dialectique dynamisé par les lois de mutations du Yin et du Yang (transformation, contrôle, compensation, complémentarité) dans la communication entre les hommes permet de régénérer ses deux composantes : l’acte de donner et l’acte de recevoir qui sont  interdépendants. Chacun des deux acteurs bénéficient et réalisent les deux actions à la fois. En conscience, la relation s’équilibre d’elle-même.

  • Accompagner pour harmoniser l’énergie dans l’infini

En laissant le flux énergétique cosmique  se mouvoir librement en soi et autour de soi, on s’intègre au Tao, on ne retient pas le temps, on ne s’y oppose pas ce qui, à l’inverse, provoque inévitablement des tensions, du conflit. Les arts énergétiques chinois, le Qi Gong, la méditation taoïste et bouddhiste réapprennent à savourer chaque seconde et chaque millimètre, en les vivant intensément avec tous les sens et la conscience, par-delà les peurs et les regrets.

En aidant les autres je m’aide moi-même

En m’aidant moi-même, j’aide les autres grâce au mouvement dialectique  de la relation et à sa fluidité.

  • Être fluide

En étant fluide, la juste pensée s’exerce quelle que soit sa forme : intellectuelle, émotionnelle, ou méditative.  Cette fluidité énergétique est fondatrice  des comportements, des paroles et des actes cohérents, appropriés pour le bien-être personnel et celui de la société. Être fluide, c’est se laisser aller à soi-même, à la rencontre de sa vraie personnalité. C’est lâcher prise , c’est ne plus résister à l’expression de son noyau en l’offrant aux autres. Ce mouvement continue de va et vient de l’intérieur à l’extérieur à l’intérieur…nourrit le Shen, l’esprit, nous relie au Tao et crée du bonheur. Cette attitude provoque une certaine abnégation de soi pour être humblement dans le Tout et fier à la fois de la place qu’on y occupe . Elle induit une approche globalisante avec un sentiment d’amour, d’empathie, de compassion et de respect sans rien attendre en échange ni même la grâce de l’instant présent et de l’émerveillement.

La  légèreté d’être, c’est comme glisser sur la vague de la vie sans contrainte. C’est se laisser aller à son courant en épousant sa forme, sa direction, son relief, en l’embrassant avec son cœur et ses poumons : c’est faire l’amour avec l’énergie de la vie en totale confiance.

En l’absence de fluidité, les échanges sont malsains car l’énergie stagnante produit des tensions et des rétentions déviant les rapports humains insidieusement vers leur inhumanité. La circulation de l’énergie alors prisonnière manifeste ses stases sur le plan du Qi mental et du Qi corporel. La personnalité est engluée dans ses Tan et dans ses émotions pathologiques. Les mécanismes de protection et de fuite s’expriment alors par l’orgueil, la domination, l’entêtement d’avoir le dernier mot jusqu’au mépris et à la violence.

Aider l’autre bloqué dans ses stases ne peut se faire qu’avec son consentement.

Sinon, comme par contagion de maladie, l’autre en souffrance pourrait nous entraîner vers la part de nous- qui doit rester dans l’ombre et sommeiller consciemment, soit notre part archaïque, bestiale et immonde de nos versants prédateurs. Et demeurons vigilant, car même à l’état de germination, les graines de nos ombres sont déjà en chemin pour sortir de leur période de dormance et devenir des plantes carnivores. Dans cette relation d’aide, cela commencera par « il faut », « tu dois », « je te dis de faire… »

Il est bien évident qu’appendre à nuancer toutes les approches nous permettra de rencontrer véritablement chaque être, chaque âme unique.

L’autre est une personne qui nous permet d’exprimer nos sentiments physiologiques, toute notre compassion, notre empathie maîtrisée et notre  amour de la vie. C’est pourquoi nous pouvons le remercier de nous aider à grandir dans l’univers.

En étant fluide, c’est par l’exemple sans démonstration de notre quête spirituelle et donc de notre volonté et notre capacité à nous améliorer nous-mêmes que nous pouvons éveiller le désir d’être conseillé pour chercher La clé de sa porte. La meilleure chose que nous puissions faire pour aider l’autre est de l’inviter à prendre conscience  de lui-même et de semer l’espoir et l’optimisme d’avoir les capacités à soigner ses blessures, à se débarrasser de ses automatismes, d’avoir le droit de se faire renaître et devenir à son tour léger car alléger : D’être libéré donc libre et en paix.

Formant une grande farandole, les hommes et les femmes ne peuvent se passer de ses membres pour survivre. S’appuyer sur l’un pour se pauser, pour avancer, savoir prendre et donner fait partie de l’équilibre des échanges vitaux de l’espèce humaine et contribue à son épanouissement en pacifiant toutes les interactions, tous les échanges de l’infiniment petit à l’infiniment grand.

Perspectives

La recherche de l’équilibre, de l’harmonie dans la perspective de vouloir créer du bonheur met chacun en face de ses responsabilités d’être humain humain et invite à s’interroger sur ses dispositions à donner autant qu’à recevoir dans un mouvement continu,

Aider les gens à vivre une vie meilleure est un bon moyen de créer du bonheur. C’est aussi un engagement personnel profond qui enraciné dans le cœur  répond concrètement à notre société dépourvue d’amour.

Pourquoi ne pas se laisser aller à cette action en écoutant constamment la petite voix de sa conscience qui saura toujours nous guider dans le sillage de la compassion ?

© Béatrice REYNIER
Reproduction interdite sans l’autorisation de l’auteure

Bibliographie

Sagesse ancienne, Sa Sainteté le Dalaï Lama  Ed Monde Moderne

L’art du bonheur, Sa Sainteté le Dalaï Lama  Ed Robert Laffont

La plénitude de l’instant Thich Nat Han  Ed Marabout

La plus belle histoire du Bonheur, André Comte-Sponville, Jan Delumeau, Arlette Frage Ed Points

Retrouvez-nous sur :
facebook twitter